Libération N°7311
12 novembre 2004

Disques : chanson
William Sheller

(par Ludovic Perrin)




Il y a chez William Sheller ce paradoxe d’avoir connu son plus gros succès avec un piano-voix alors que la majeure partie de son œuvre s’articule autour de pop songs symphoniques. Plus de dix ans après Un homme heureux, l’inclassable de la nouvelle chanson années 70 s’en retourne à son piano pour onze titres originaux et une relecture des Machines absurdes figurant déjà sur son précédent disque mais dans une version orchestrée. D’instrumentaux en chants d’automne, Epures est d’une écriture dont l’ancien arrangeur de Barbara affirme chaque fois le style. Economie de rimes, voussoiement, accords mineurs, quelque chose d’anglais dans le phrasé, William Sheller, fils d’une Française et d’un Américain, dessine, de chambre d’hôtel en balades sous la bruine, ces climats de solitude, d’éloignement, d’incommunicabilité à laquelle il est difficile de se résoudre. Cet album enregistré à demeure ne possède peut-être pas de titre aussi fort qu’Un homme heureux. J’en avais envie aussi n’est pourtant pas loin du ravissement. La volonté de « voir d’autres lumières », le poids, la somme des renoncements, séparation, abandon, tristesse de ne plus être triste et « la vie qui fait ses affaires » : il reste du désenchantement dont William Sheller fait des chansons importantes. En voilà une. D’autres sont là aussi pour qu’Epures soit un bon album.